L’Hirondelle avant l’Orage – Robert Littell

L'hirondelle avant l'orageRobert Littell, père de l’autre, beaucoup moins polémique mais nettement plus agréable à lire.

Spécialiste de l’URSS, j’avais été épaté par son pavé sur la CIA. Inquiet devant une telle épaisseur, je m’étais laissé entraîner dans cette histoire au long cour mettant en scène des amis et des ennemis sur plusieurs décennies. Cette hirondelle relève de la même veine. Passionnante !

Ici , pas d’espionnage, mais un portrait saisissant du stalinisme.

Ossip Mandelstam est un poète, tout comme sa femme et quelque grand de l’éternelle russie. On croise Pasternak, Gorki et quelques autres figure du régime stalinien, à commencer par le grand (plutôt petit) Staline qui porte d’ailleurs le même prénom que le poète.

Alors que la collectivisation de l’agriculture est un échec qui pousse les paysans au suicide et les populations à la famine, le poète décide d’écrire des vers qui montreront au peuple russe qui est le vrai Staline. Mal lui en prend, car dans ce pays où la délation est devenue un sport nationale, où la peur mise en place par le régime joue à plein, Mandelstam est arrêté. On assiste petit à petit à son naufrage, à la victoire de la folie sur le cerveau de l’homme.

Robert Littell est très fort pour décrire les méthodes du régime ainsi que cette déraison qui s’empare du pays.On y voit un Staline refusant de manger de peur d’être empoisonné, rusé et pervers avec sa propre épouse. Ayant à sa botte tous les apparatchiks du Kremlin et n’hésitant pas à se séparer de ses amis.

Mais le meilleur à mon avis se trouve dans l’histoire qui s’imbrique dans l’histoire. En même temps que le récit sur Mandelstam, on peut suivre l’arrestation et la condamnation dans un de ces procès historiques qui accompagna les purges soviétiques, d’un brave homme nommé Fikrit Shotman.

Ce dernier, héros sportif des championnats d’Europe de 1932, catégorie haltérophilie, est devenu hercule de cirque suite à un accident du genou et une opération manquée. Dénoncé comme beaucoup d’autre, cet homme simple qui croit dans la révolution, est amené à se reconnaître coupable d’un crime contre l’Etat qu’il n’a pas commis. Condamné à l’exil il reviendra et rencontrera Staline, grand marionnettiste devant l’éternel, pour la seconde fois de sa vie. Cette histoire, est à mon avis beaucoup plus touchante que celle du poète qui d’une certaine manière vivait déjà du système. Ce brave type, accepte son châtiment, persuadé qu’il est coupable puisqu’on lui a dit qu’il l’était. Il accepte son éloignement et sa punition, l’injustice qui lui vole son existence. Un roman dans le roman qui vaut pour sa seule histoire.

Cette hirondelle avant l’orage est une belle surprise.

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